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Investir dans un fonds de fonds : destiné à qui ?

Certains investisseurs institutionnels interdisent à leurs mandataires de placer des capitaux dans des fonds de fonds, évoquant une double couche de frais difficilement justifiable. Pourtant, la collecte mondiale sur ces véhicules a progressé de 15 % en 2023, selon Preqin, et de nouveaux entrants continuent d’alimenter l’offre. Les régulateurs, de leur côté, imposent des obligations de transparence accrues sur la composition et la performance de ces portefeuilles.

La frontière entre gestion active et passive se brouille dans ce segment, poussant distributeurs et conseillers à revoir leur approche face à une clientèle toujours plus soucieuse de diversification et de maîtrise des risques.

Comprendre les fonds de fonds : définition, fonctionnement et spécificités

Les fonds de fonds s’imposent depuis plusieurs années comme un choix sophistiqué pour élargir un portefeuille sans s’encombrer d’une multitude de lignes. De façon concrète, ce type de fonds investit l’argent collecté non pas directement sur des actions ou des obligations, mais à travers une sélection de fonds d’investissement déjà existants. Résultat : une exposition indirecte à une grande variété d’actifs, pilotés par des équipes différentes, avec des approches et des expertises qui se complètent.

La gestion de ces portefeuilles est confiée à une société de gestion qui bâtit son allocation en choisissant les fonds sous-jacents selon une stratégie précise. En France, l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) veille à l’encadrement de ces produits. Il peut s’agir d’un FCP ou d’une SICAV, deux structures bien connues des investisseurs français pour leur transparence et leur cadre strict. Ainsi, ces fonds de fonds mettent à portée de main plusieurs univers : fonds actions, obligataires, monétaires, immobiliers, alternatifs (hedge funds), ou même private equity.

Voici quelques points pour mieux cerner l’environnement des fonds de fonds :

  • Fonds d’investissement : soumis à l’agrément de l’AMF
  • Fonds de fonds : investit uniquement dans d’autres fonds
  • Permet d’atteindre facilement des classes d’actifs peu accessibles en direct
  • La gestion professionnelle renforce diversification et maîtrise du risque

Ce schéma va bien au-delà des allocations classiques. Il est possible d’associer des fonds thématiques, régionaux, sectoriels ou même d’intégrer des stratégies alternatives. Ce modèle donne une latitude précieuse pour optimiser la gestion du risque et profiter du savoir-faire de gérants multiples, choisis pour leurs compétences spécifiques. La diversification ne se limite plus à un secteur ou à une zone géographique, elle englobe aussi la sélection des gérants et des styles de gestion.

À qui s’adresse l’investissement dans un fonds de fonds ? Profils concernés et objectifs

Le fonds de fonds s’adresse à un large public, sans se limiter à une catégorie d’investisseurs. Les particuliers avertis, désireux de diversifier finement leur patrimoine sans multiplier les démarches, y trouvent une solution accessible. Du côté des clubs d’investissement, ce véhicule permet de mutualiser les choix, de puiser dans l’expertise de plusieurs sociétés de gestion, et de lisser l’exposition sectorielle ou géographique. Pour les institutionnels, l’enjeu prend une autre dimension : répartir le capital sous contrainte réglementaire, tout en disséminant le risque entre différentes stratégies, classes d’actifs et zones du globe.

Les investisseurs particuliers peuvent intégrer des fonds de fonds dans leur Plan d’Épargne en Actions (PEA), sous réserve que les fonds sous-jacents soient éligibles. D’autres solutions, comme les FCPI ou FCPR, ouvrent la porte à l’investissement non coté, à l’innovation ou au capital-investissement. Les business angels et sociétés d’investissement personnel se tournent volontiers vers des fonds de private equity, afin d’investir dans des PME et ETI non cotées, accéder à des tickets plus élevés et partager les risques spécifiques à ce secteur.

Pour mieux comprendre les profils concernés, voici quelques exemples typiques :

  • Particuliers : cherchent à diversifier et à explorer de nouveaux marchés
  • Institutionnels : arbitrent entre contraintes réglementaires et optimisation de l’allocation
  • Clubs d’investissement : misent sur la mutualisation de l’expertise
  • Business angels : utilisent les fonds spécialisés pour accéder au non coté

La palette des investisseurs s’agrandit au fil de l’évolution des produits : du fonds monétaire au fonds alternatif, de la gestion thématique aux stratégies multi-classes, chaque profil peut trouver le véhicule qui colle à sa vision du risque, à ses objectifs fiscaux ou à son horizon de placement.

Jeune femme souriante avec tablette devant vue urbaine

Avantages, limites et points clés à considérer avant de se lancer

Pourquoi ces fonds séduisent-ils autant ? La réponse tient en un mot : diversification. En multipliant les fonds sous-jacents, on réduit la dépendance à un seul gérant ou à un seul secteur. Ce système permet aussi de profiter du savoir-faire de plusieurs sociétés de gestion, qui assurent la sélection, la répartition et le suivi des placements. En période de volatilité, cet atout n’est pas négligeable.

Autre aspect marquant : l’accès à des classes d’actifs souvent réservées aux professionnels, comme le private equity ou les hedge funds. Certaines structures ouvrent même droit à des dispositifs fiscaux avantageux, selon le fonds choisi et la réglementation applicable.

Cependant, il faut garder l’œil sur les frais. Entre les frais de gestion du fonds de fonds et ceux des fonds sous-jacents, l’addition peut peser sur le rendement. Le choix du gérant devient alors déterminant : sa capacité à sélectionner des fonds performants, à ajuster l’allocation selon la conjoncture et à piloter le portefeuille activement fait toute la différence.

Avant de franchir le pas, voici les principaux points à examiner :

  • La structure et la clarté des frais appliqués
  • La diversification réelle : géographies, secteurs, types d’actifs couverts
  • La question de la liquidité : certains fonds imposent des périodes de blocage, en particulier en private equity
  • La fiscalité applicable selon la nature du fonds et la réglementation en vigueur

La diversification ne fait pas disparaître le risque : elle le répartit. L’essentiel reste de confronter ses ambitions, son horizon de placement, et la solution envisagée, pour ne pas se laisser surprendre.